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Ma première classe à l'odeur des oranges et au goût de la haine...Zohra avait six ans et elle vivait au Maroc, elle se souvient....
Je lis depuis peu, des messages sur l'abus de pouvoir
du directeur ou de l'instit à l'école, cela m'a ramené malgré moi à des années en arrière, exactement à ma première année de l'école obligatoire..
Notre instit était une jeune dame, mariée, sans
enfant, à chevelure soyeuse, très, très longue que nous avons admiré une seule fois, après, elle mettait des bonnets, chapeaux..je comprendrai pourquoi, un an plus tard.
Elle a commencé un jour par nous demander si quelqu'un
pouvait lui prêter un fruit, on pouvait en avoir pour la récré...et c'était une orange, le lendemain, elle a demandé la même chose et c'était, pas une, ni deux mais plus d'une dizaine d'oranges et pas de "Merci" cette fois-là.
Puis la demande est devenue un "rite quotidien", nous
arrivions chacun avec notre orange dans le cartable tel un gage de...je trouve pas le terme, je veux dire un gage d'obéissance, d'allégeance...aujourd'hui, je me trouve à penser à ceux qui ne mangeaient les fruits qu'occasionnellement chez eux, comment se débrouillaient-ils tous les jours..personne ne pouvait manquer à cet engagement.
L'instit a transformé la bibliothèque, enfin les
placards destinés à contenir les livres de prêt en un meuble stock-orange avec un presse-agrumes et un coteau et des verres. Elle nous demandait d'ouvrir un livre de regarder à telle page et de ne surtout pas tourner la tête, elle s'installait sur un banc au fond de la salle et recevait de temps à autre sa soeur, on entendait, sentait tout, j'ai même pu tourner la tête, tellement nous étions silencieux, tellement elle nous oubliait que j'ai appris à anticiper les gestes qu'elle faisait , éplucher, presser, verser dans les verres en discutant tout doucement avec sa soeur...l'odeur de l'orange emplissait la salle, les narines et les têtes, ceux qui ne mangeaient pas l'orange, qui se contentaient de "l'offrir" pouvaient la sentir, certains avaient plus de "privilège", ils étaient désignés pour jeter les peaux et les restes et d'autres, à un autre grade, lavaient et séchaient le presse-agrume et les verres du haut de leur six ans, pas un "Merci", jamais! cela se passait les après-midi. Vers cinq heures l'un de nous porterait le lourd sac/cabas de l'instit jusqu'à la porte de l'école. A suivre Lundi 31 Octobre 2005
Zohra
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