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Le vœu de Benzekri


AbdelAziz Mouride - Tout est dit sur la disparition de Driss Benzkri. Il a eu droit à des obsèques dignes de l’homme qu’il fut : un homme qui a sacrifier sa vie au service d’une grande cause, celle des droits de l’homme.


Feu Driss Benzkri
Feu Driss Benzkri
Le Prince My Rachid et l'ensemble du gouvernement, dont le premier ministre, ont été à la tête du cortège funèbre où le tout Rabat était là : des parlementaires, des chefs de partis politiques, des représentants du monde associatif, sans parler de ses anciens camarades de prison, venus de tous les coins du pays pour un dernier adieu. Les médias, dont les télés, les radios et bien sûr les journaux marocains, n'ont rien laissé au hasard. Tous se sont fait un devoir de relater sa vie, son parcours politique, son calvaire carcéral durant dix sept longues années. On a fait le tour de certains de ses anciens camarades et amis, ses collaborateurs au sein de l'IER ou du Conseil des droits de l'homme. On lui a même accordé la une des journaux télévisés sur les chaînes officielles, avant même le rituel des activités royales- une première dont même Allal El Fassi, mort en 74, n'a pu avoir le privilège.

Benzekri n'en demandait pas tant. Je me permets de le penser ayant été l'un des compagnons d'infortune du défunt durant dix longues années qu'a duré mon incarcération avant que je ne sois libéré et que je le laisse continuer son calvaire pour sept années supplémentaires.

Je pense donc pouvoir prétendre connaître l'homme pour avoir partager avec lui, comme avec bien d'autres, le même rêve, les mêmes désillusions et la même détermination.
Driss était un homme de conviction. Il avait certes ses excès comme tout le monde, mais c'était un homme qui croyait fermement à ce qu'il pensait. On acceptant de travailler aux sein des rouages de l'Etat, il savait qu'il prenait le risque de se voir transformer en une sorte « supplicié de service » pour conférer un tant soit peu de respectabilité au sérail, mais il a eu le courage de prendre ce risque avec la lucidité d'un véritable homme d'Etat qui sait d'emblée que la politique est avant tout l'art du possible.

Je ne suis pas en train d'exprimer une opinion, je donne une information. J'ai eu une discussion à vive voix avec Driss, juste après sa nomination à la tête de l'IER. Il savait que j'avais pris mes distances par rapport à toute activité politique ou associative, il me parlait donc en tant qu'ami. Las de la politique en trompe-l'œil qui a marqué le règne de HassanII; des finasseries destinées plus à détourner le regard sourcilleux de la communauté internationale, qu' à résoudre les problèmes du pays, je m'inquiétais de la sincérité de l'Etat au sujet du projet d'enquête sur les exactions du passé, et surtout au sujet de la réalité de sa volonté à mettre sur pied un véritable Etat de droit. La réponse de Driss comme à son habitude était un peu confuse . Il m'a fait comprendre en substance que le roi, oui, il veut trancher avec le passé tant que Hassan II ne soit pas mis en cause. Dans l'entourage, toutefois, c'est un peu plus compliqué, avant d'ajouter : « Tu sais, il y a des habitudes dont il est difficile de se débarrasser d'un seul coup».

Il faut savoir que Benzekri n'était pas homme à se laisser aller à l'enthousiasme et encore moins aux spéculations théoriques. La vie pour lui, et a fortiori la politique, est un enchevêtrement complexe de petites choses qu'il faille bien essayer de démêler sans provoquer de rupture.

On connaît la suite. Je croit personnellement que, l'un dans l'autre, l'IER a fait un travail formidable. Non seulement en faveur des victimes, et là, je pense surtout aux milliers de familles dans les campagnes pour qui la reconnaissance et la réhabilitation dans leur droit, était d'une importance capitale, mais également et surtout en faveur des droits humains dans le pays. Je pense aux recommandations de l'IER dont la portée est déterminante pour l'édification d'un véritable Etat de droit .

Le mérite de Benzekri c'est cela. D'avoir été, comme on l'a écrit ailleurs, l'architecte du projet d'un Etat de droit respectueux des libertés publiques et des droit des gens. Un architecte qui malheureusement a tout laissé en plan. Sur du papier. D'où la question : Quel sort sera réservé au travail de Benzekri maintenant qu'il n'est plus parmi nous ?

Il est a espérer que l'enterrement en grande pompe de Benzekri, ne soit pas également l'occasion d'enterrer ses projets. Ce pourquoi il a consacré sa vie depuis sa sortie de prison.

AbdelAziz Mouride
Lundi 28 Mai 2007


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