Lundi 08 Septembre
17:37
Couleur Indienne

A Joly DESJARDINS, ma Maman tant aimée qui vient de nous quitter. Veille sur nous de là-haut, chère Maman adorée.

L'architecture de Pondichéry

Pondichéry (actuellement baptisée « Puducheri » son ancienne appellation) est la ville du Tamil Nadu dont ma famille est originaire, comme je vous l'ai déjà dit. C'est l'Inde sans l'être tout à fait complètement. En effet, cet ancien comptoir français a vécu des mutations importantes au cours des cinquante dernières années, à savoir depuis son indépendance (plus tardive que le reste de l'Inde puisqu'elle date de 1951). Si l' image de Pondichéry fait encore rêver quoique souvent encore avec nostalgie et exotisme, la ville est confrontée à la modernité et une part de son identité si particulière semble fragilisée, même si elle garde toujours quelques vestiges de son long passé - témoignages qu'il est urgent de préserver, je pense à mon sens. C'est cette tension entre une modernité qui s'affiche et la permanence des rites et des habitudes culturelles qui constitue une partie du problème d'une cité comme Pondichéry mais aussi du reste de l'Inde, pays devenu à la mode en Occident et vers qui les yeux de ces mes mêmes grandes puissances sont dorénavant tournés pour un avenir économique plus prospère…

Justement l'émergence d'une classe sociale plus aisée a transformé de manière notable l'aspect de la ville, je l'ai vraiment remarqué cette année quand j'y étais… L'arrivée des voitures et d'autres moyens modernes de transport est un des signes de la modernisation de la cité: Pondichéry bouge. Cette modernité se lit également dans les transformations et les évolutions en matière d'architecture qui s'adapte constamment à des modes de vie en mouvement !



Une architecture pluri-culturelle

L'architecture de Pondichéry

Pondichéry est une ville qui a gardé l’empreinte des deux cultures tamoule et française. Cette coexistence se traduit dans la structure même de la ville, dont la partie Est, le « QuartierFrançais », est peuplée de maisons au style colonial – avec cours intérieures ceintes de murs à l’instar des anciens hôtels particuliers français. Le côté Ouest, le « Quartier Tamoul (la maison de mes parents en fait partie), est représenté par ses habitations comprenant sur la rue une véranda et une succession de cours intérieures. Cette diversité confère à la ville une particularité qui fait lui donne toute son originalité et ce cachet unique en Inde.

Ainsi Pondichéry est caractérisée par un plan de ville régulier, dit en « échiquier ». Les rues sont toutes tracées en parallèles et perpendiculaires : les unes orientées Nord-Sud, les autres Est-Ouest. Les façades sur la rue dans le quartier français se caractérisent par des constructions continues avec de hauts murs abritant des jardins et des portails imposants. Les rues du quartier tamoul se caractérisent par des caractéristiques tels que les « thinnais » et les « thalvarams ». On appelle les rues où ses habitations se dressent, « rues de la conversation » à cause de leur dimension réduite et de leurs fonction de communication.

Les édifices monumentaux ne sont pas nombreux à Pondichéry, en fait, l’essentiel du patrimoine consiste en bâtiments résidentiels. Malgré cela, ils ont un charme particulier qui agit sur les visiteurs.

Le raison en est les centaines de maisons ordinaires bâties dans le style traditionnel, soit dans le quartier français ou tamoul qui donnent à cette ville un charme à part. Elles apportent un caractère particulier aux rues qui façonnent la ville. Dans le quartier français, ce sont les villas ordonnées avec leur fenêtrage simple, les corniches, les pilastres, les balcons et les portails élaborés, qui définissent son ton et son ambiance. En revanche, le quartier tamoul acquiert sa particularité par ses rangées de colonnes des vérandas qui se continuent tout au long de la rue. L’essentiel de tous les styles d’architecture locale se trouve dans les éléments et les langages communs qui se répètent avec des nuances particulières. Toutes les maisons sont similaires mais aucune n’est pareille à l’autre. Là réside la beauté de l’ensemble. Ces maisons massives ont en plus l’avantage d’être adaptées aux conditions climatiques et sociales.

Les variations entre les deux styles se retrouvent dans de nombreux bâtiments et particulièrement dans les maisons tamoules à deux étages... Le rez-de-chaussée est en général de type tamoul avec un «thinnai», un «thalvaram», une cour à piliers et des portes de bois sculptées, alors que le premier étage montre l'influence française par ses pilastres cannelés, ses colonnes à chapiteaux, ses fenêtres voûtées et ses décorations en stuc.

L'influence française

L'architecture de Pondichéry

Les Français s’établirent pour la première fois à Pondichéry en 1674. Bien que tombée une fois sous la domination hollandaise et trois fois sous celle des Anglais, ce fut pendant 242 ans une colonie française jusqu’à ce qu’elle devienne membre de l’Inde indépendante en 1954.

En flânant aujourd’hui au hasard des rues, de nombreux bâtiments et autres signes témoignent de la présence française : un monument aux morts élevé en 1937 à la mémoire des soldats de la guerre 14-18, sur l’Avenue Goubert, des statues érigées à la mémoire d’illustres personnages français tels que le gouverneur Joseph-François Dupleix et Jeanne d’Arc, des policiers portant le traditionnel képi rouge des cipayes français… On trouve aussi les armoiries de la République Française sur d’anciens bâtiments administratifs comme sur le Bâtiment des Travaux Publics, des noms de rues inscrits en lettres blanches sur des plaques émaillées sur fond bleu, en français et en tamoul, pour attester d’un passé commun. De grandes institutions abritées dans des lieux d’exception sont également là pour rappeler la volonté réciproque de conserver des liens très étroits (Ecole Française d’Extrême Orient, Foyer du Soldat…). Et bien sûr, le visiteur peut toujours prendre part à une bonne partie de pétanque.

La plupart des maisons françaises ont été construites d'après des plans similaires avec peu de variations et des façades donnant partiellement ou totalement sur la rue. Les murs d'enceinte du jardin protègent des cours intérieures privées sur lesquelles s'ouvre le reste des volumes du bâtiment.

L'intérieur du bâtiment est généralement plus décoré que l'extérieur. Le style est marqué par des hauts plafonds, des portes et des fenêtres hautes cintrées et dans le cas de maisons à deux étages, par des escaliers voûtés en spirale. Souvent les lamelles des stores sont faites de matériaux légers, bois ou métal.

Les façades donnant sur les rues françaises sont caractérisées par la continuité de la construction entrecoupée de hauts murs de jardin et de portes ouvragées.

Les façades sont divisées en panneaux plus petits par des pilastres verticaux et des corniches horizontales, encadrant des fenêtres rectilignes ou de plein cintre avec bandages et volets à jalousies de bois. Des balcons de bois sur corbeaux métalliques, des parapets continus décorés très simplement se rencontrent souvent.

L'influence tamoule


L’architecture tamoule a elle aussi ses caractéristiques : une véranda sur la rue avec des tuiles de Mangalore sur des poteaux de bois et une véranda similaire à l’intérieur (thalvaram), un niveau surélevé avec des colonnes en bois (thinnai), une cour intérieure (mutram), une cour arrière.

En effet, dans le quartier tamoul , comme je le disais ci-dessus, les rues sont caractérisées par les «thinnais» (espace semi-public) et les «thalvarams» (véranda intérieure avec un appentis sur des colonnes de bois). On les appelle les «rues qui parlent» à cause de leur atmosphère familière et accueillante.

Les façades extérieures présentent un «thalvaram», sorte d'extension publique de la maison offrant un abri aux piétons, ainsi qu'un «thinnai»avec des bancs en maçonnerie pour les visiteurs et les pèlerins. Ces «rues qui parlent», appelées ainsi à cause de leur atmosphère intime et de leur caractère accueillant, sont typiques de l'architecture tamoule traditionnelle. La rue sur toute sa longueur est rendue homogène par un enchaînement d'éléments juxtaposés qui défini l'horizon : appentis, corniches horizontales, pilastres et colonnes engagés ornés de parapets.

Dans la structure intime de la ville tamoule, on peut observer les formes intéressantes que prend la construction allant, des modestes maisons de campagne à un étage et couverte de tuiles, aux imposantes maisons à deux étages marquées d'une forte empreinte coloniale. Le «thinnai» marque l'espace de transition après lequel on pénètre dans la maison en passant par une porte de bois finement sculptée. A l'intérieur, le «mutram» (cour intérieure à colonnes) devient l'espace familial autour duquel s'organisent fonctionnellement les divers autres espaces.

Un patrimoine architectural en péril qu'il faut préserver


Sur le plan patrimonial, à Pondichéry, un constat est dressé : en 1994, Pondichéry avait recensé 1 807 bâtiments faisant partie d’un patrimoine à préserver. Ils ne sont plus que 1 197 aujourd’hui, et nombreux sont ceux qui vont disparaître. Des projections prédisent que, si le rythme de démolition actuel se poursuivait, il ne resterait plus que 700 bâtiments en 2008 et 150 en 2015. Le changement de mode de vie, la spéculation sur les prix des terrains, le morcellement de la propriété ou encore le manque d’entretien, sont autant de facteurs conduisant à cet état de fait. L’on assiste aujourd’hui au développement hâtif et quelque peu anarchique de nouvelles constructions modernes qui rompent une certaine harmonie du paysage urbain.

Les transformations et changements qui ont lieu aujourd’hui sont notamment dus à un manque de conscience et de compréhension des modèles architecturaux traditionnels. A Pondichéry, c’est l’INTACH qui est l’un des membres les plus actifs pour inciter les pouvoirs publics à soutenir des projets et responsabiliser les habitants sur le sujet de la préservation du patrimoine. De grands axes de travail ont ainsi été développés, pour établir un état des lieux de ce qu’il était nécessaire de protéger d’une part, et initier une politique de protection du patrimoine de l’autre :

• Inventaire de 1988 à aujourd’hui des constructions appartenant au patrimoine de la vieille ville et classification de celles-ci selon 4 catégories;
• Mise en place d’une charte graphique, de documentation et d’exposition ou de séminaires visant à éduquer et sensibiliser le public;
• Développement d’un fond de soutien et mise en place d’une politique de subventions ou de pénalités pour les propriétaires;
• Elaboration de projets de lois visant à interdire la démolition, à obliger à suivre un modèle traditionnel pour les restaurations et pour les nouvelles constructions (couleurs, types de façades);
• Réhabilitation de résidences comme l’ancien bureau départemental qui a été transformé en un prestigieux hôtel : « l’Hôtel de l’Orient »;
• Mise en place de parcours pédestres sur le thème des « visites du patrimoine » ;
• Développement d’une vraie politique signalétique de la zone historique qui soit plus efficace et plus élégante.

Mercredi 24 Janvier 2007
Fabienne-Shanti DESJARDINS

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